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Zut ! Où sont passées mes besicles ?
...
Soudain, je subis une seconde crevaison à la sortie de
Stoumont. Las, mes compagnons de fortune m’abandonnent à mon
triste sort. Je désolidarise la roue déchue et le vélo va
rejoindre un rideau d’herbes folles qui envahit le remblai
de la chaussée.
Une myopie tardive, ayant rattrapé la presbytie qui est
l’outrage des ans, m’impose le port de lunettes pour la
vision de loin. Ce sont des lunettes cerclées de fer-blanc
avec dorure à branches flexibles. Donc, pour le dépannage,
un exercice dans lequel un manchot excelle par rapport à
moi, je les retire et comme d’habitude, je les accroche à la
barre horizontale du cadre par les flexibles.
Observation du pneumatique. Surprise ! La chape du pneu est
au bout du rouleau. Un trou gros comme la tête d’un clou de
garnisseur me nargue et me pose une colle. Comment
rafistoler un pneu pour qu’il puisse résister une dizaine de
bornes quand on n’a pas d’emplâtre sous la main ? Or, comme
c’est mon ultime chambre de réserve, j’ai intérêt à trouver
un système qui tienne la route. En désespoir de cause,
j’intercale un résidu de carton entre le pneu et la chambre.
Ensuite, il ne me reste plus qu’à croiser les orteils. La
roue reprend la place qui est la sienne. Stupeur !
Où sont mes lunettes ? Elles ne sont plus suspendues au
cadre, ni ailleurs. Or comme le rafistolage à la noix s’est
déroulé sur un mouchoir de poche, les lunettes doivent être
là. Pourtant, il n’y a rien à voir. Je m’énerve ! A tâtons,
je passe le remblai à la loupe. Broquette de viole ! D’un
geste rageur, millefeuilles, pâturins et autres luzules sont
déracinées dans l’espoir d’y voir plus clair. Rien n’y fait.
C’est hallucinant ! Je recommence mon cirque mais l’objet de
mes désirs reste introuvable. J’insiste encore ! Bredouille
! De guerre lasse, je m’apprête à remonter en selle.
Toutefois par acquit de conscience, je promène une ultime
fois ma main sur la bande étroite de gazon qui borde les
hautes herbes. Ouf !…mes doigts frémissent au contact du
verre. Quoique je n’aie rien vu, la lumière se fit et mon
ticket pour l’asile fut remis aux calendes grecques...
bruffaertsjo@skynet.be

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